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 La vision de Grand (310)
« La fortune elle-même réglait toute chose de telle façon que l’heureuse issue de tes affaires t’avertit de porter aux dieux immortels les offrandes que tu leur avais promises <et que la nouvelle t’en parvint> à l’endroit où tu venais de t’écarter de la route pour te rendre au plus beau temple du monde, et même auprès du dieu qui y habite, comme tu l’as vu. Car tu as vu, je crois, Constantin, ton protecteur Apollon, accompagné de la Victoire, t’offrir des couronnes de laurier dont chacune t’apporte le présage de trente années. Tel est en effet le nombre des générations humaines qui de toute façon te sont dues et prolongeront ta vie au-delà de la vieillesse de Nestor. Et que dis-je : je crois ? Tu as vu le dieu et tu t’es reconnu sous les traits de celui à qui les chants divins des poètes ont prédit qu’était destiné l’empire du monde entier. »
Durant l’hiver 309-310, l’empereur Constantin, victorieux de son beau- père Maximien à Marseille, remonte vers le nord. Des nouvelles menaçantes provenant des frontières le contraignent à accélérer la marche mais le péril fait long feu. Constantin peut alors faire halte dans un sanctuaire situé à l’écart de la route qui le ramenait à Trèves, sa capitale. Quelques mois plus tard, le VIIe Panégyrique latin rend compte de l’évènement en ces termes :

 Constantin et la Gaule
EA 1132 HISCANT-MA
Fragment d’inscription dédiée à Apollon
©CG88-Site de Grand-Cl.Prud’homme  
Camille Jullian avait proposé de placer cet épisode à Grand, près de Neufchâteau, dans le département des Vosges. « Je suppose, écrivait-il à propos du sanctuaire évoqué par le panégyriste de 310, qu’il s’agit du temple d’Apollon Grannus à Grand chez les Leuques, lequel seul peut être appelé templum toto orbe pulcherrimum. Constantin, venu par Lyon et Chalon, suit la route militaire de Langres à Trèves, la quitte avant Neufchâteau et s’en détourne pour visiter Grand à sa gauche, ubi deflexisses ».
Le débat autour de la conversion de Constantin a contribué à la célébrité de cette vision païenne, souvent présentée comme la « vision de Grand ». Car si la localisation du sanctuaire où se serait produite l’épiphanie d’Apollon n’a pas été établie de manière définitive, cette proposition a fait date dans la tradition historiographique.